Le projet GALERMI lancé en 2012 a pour objectif de mettre en lumière les différentes phases et modes de fonctionnement d’un aqueduc antique en province de Syracuse. Celui-ci a été transformé au cours de sa longue histoire pour répondre aux différents besoins de ses usagers et irrigue aujourd’hui le territoire. Son étude nécessite le recours à des techniques pluridisciplinaires qui associent paléo-environnementalistes, archéologues, architectes et historiens.
Un aménagement plurimillénaire
L’aqueduc du Galermi, qui alimente la ville de Syracuse (Italie, Sicile) et son territoire depuis l’Antiquité, vraisemblablement depuis le 3e siècle av. J.-C., a été remanié et restauré à de nombreuses reprises, à la fois dans l’Antiquité, à l’époque byzantine, puis régulièrement depuis le 16e siècle. Après avoir approvisionné la cité antique en eau potable, il irrigue aujourd’hui les champs d’agrumes ainsi que quelques jardins potagers de particuliers qui détiennent des concessions annuelles et bénéficient de tours d’eau selon des pratiques connues en Méditerranée au moins depuis l’époque romaine. L’aqueduc a également été investi d’autres fonctions : son énergie motrice a fait tourner des moulins, entre le 16e et le 19e siècle, et la turbine de la première usine hydro-électrique de la province de Syracuse, au 20e siècle. Sa particularité est d’avoir un parcours entièrement souterrain sur près de 28km de longueur. On ne lui connaît aucun ouvrage d’art. Prenant sa source dans au moins deux affluents du fleuve principal de la plaine de Syracuse, il s’enfonce d’abord dans les falaises karstiques des monts Hybléens, puis dans la plaine sédimentaire de l’Anapo où les glissements de terrain assez fréquents lors des saisons des pluies ont obligé ses usagers à reconfigurer sa galerie, ses piédroits, à le déplacer parfois. Dans le karst, ce sont les dépôts carbonatés qui oblitèrent progressivement la galerie souterraine et nécessitent des interventions régulières pour désobstruer la canalisation.
Abandonné par la Région sicilienne qui n’y investit plus les fonds nécessaires à sa maintenance, l’aqueduc se comble et s’effondre progressivement. Il est aujourd’hui menacé de lente destruction et les irrigants, qui se plaignent de ne pas être soutenus dans leurs efforts de maintenance, interviennent directement pour le remettre en état et le modifier. Ainsi, certains tronçons de la conduite dans son parcours dans la plaine sédimentaire sont aujourd’hui inutilisables à la compréhension de l’aqueduc historique.
L'équipe
Depuis 2012, une équipe, coordonnée par Sophie Bouffier (CCJ), étudie cet aqueduc et a associé au cours des années des collègues, des doctorants et quelques étudiants de Master en archéologie du Centre Camille Jullian, du LAMPEA, du CEREGE, de l’IRAA ainsi que des collègues de laboratoires ou d’universités françaises (Paris X Nanterre, ArScAn) ou étrangères (Palerme, Catane). Le programme est soutenu par les autorités de tutelle de l’aqueduc, la Soprintendenza ai Beni Cultural e Ambientali di Siracusa et le Genio Civile qui délivrent les autorisations indispensables au travail de terrain et qui, pour le Genio Civile participent aux missions au quotidien en apportant des informations précieuses sur le fonctionnement de l’aqueduc, ses caractéristiques d’aujourd’hui et ses défaillances. Parallèlement, l’équipe travaille avec des clubs de spéléologie italiens qui l’aident à circuler dans la galerie souterraine en toute sécurité.
Enjeux scientifiques
L’objectif du projet est de mettre en lumière toutes les facettes et métamorphoses de l’aqueduc (diachronie : utilisation de l’Antiquité à l’époque contemporaine ; usages et adaptation aux besoins de la société locale) dans une perspective pluridisciplinaire (archéologie, histoire antique, moderne et contemporaine, sciences de l’environnement, ethnologie par les enquêtes auprès des irrigants et des tutelles de l’aqueduc). L’équipe s’est ainsi concentrée sur l’histoire de l’aqueduc et sa fonction, son contexte géologique et environnemental, sa typologie architecturale et son fonctionnement. Comme l’aménagement a marqué l’histoire du territoire syracusain et les mentalités de ses exploitants depuis l’époque antique, il présente l’intérêt de mettre en parallèle des échelles de temps et des expériences sociales et techniques différentes sur un même territoire. Il a ainsi constitué une réponse polysémique à des situations sociétales différentes que le programme cherche à comprendre.
Financements et activités
Outre les soutiens ponctuels de l’IRAA (2009 et 2011), du LabexMed (2012), et du CCJ (2023), le programme a été financé par le LabexMed entre 2015 et 2016, ce qui a permis de réaliser des prospections, d’effectuer des levés topographiques traditionnels ou photogrammétriques, notamment grâce au relevé 3D, et quelques nettoyages de portions abandonnées. Un deuxième financement de la fondation Amidex (projet Interdisciplinarité WaterTraces - Water Traces in Mediterranean Sea before 1000 AD : From Resource to Storage, 2018-2021) a poursuivi l’activité en se concentrant sur de nouveaux secteurs et en menant en 2021, nettoyage et fouille d’un regard à la position stratégique, à proximité de la fortification, ainsi que des analyses d’échantillons de mortiers et concrétions. En 2023, un financement amorce ARKAIA, pour un projet intitulé AQUEDUCOPTER, avait pour objectif de faciliter le levé topographique en zone accidentée, voire immergée (l’aqueduc étant en eau 8 à 9 mois /12), et de dresser le relevé architectural d’une zone échantillonnée, grâce à l’intervention d’un drone conçu pour l’exploration de galeries partiellement immergées. La difficulté de la tâche a empêché pour l’instant la conception de cet outil expérimental, mais une première collaboration a été lancée entre archéologues et chercheurs en robotique du site d’Aix-Marseille sur ce type d’objet patrimonial.
Premiers résultats
Le programme sur le Galermi a permis de préciser les phases chronologiques de l’aqueduc et d’en identifier une nouvelle (la phase byzantine), de connaître sa typologie et le projet architectural suivi par ses concepteurs et ses usagers. Il a donné lieu à plusieurs publications ainsi qu’une exposition au Musée archéologique régional Paolo Orsi en 2017-2018, un montage photographique du photographe Yves Jeanmougin, et un documentaire en libre accès.
Responsables scientifiques
- Sophie Bouffier (Aix-Marseille Université - CCJ)
- Gabriella Ancona (Soprintendenza ai beni culturali e ambientali di Siracusa)
- Rosa Lanteri (Parco archeologico e paesaggistico di Siracusa, Eloro, Villa del Tellaro e Akrai)
- Giovanni Magro et Giorgio Nanì (Genio Civile)
Laboratoire de l'institut impliqué
- Centre Camille Jullian (CCJ)
- Institut de recherche sur l'architecture antique (IRAA)
- Laboratoire méditerranéen de préhistoire Europe Afrique (LAMPEA)
- Centre de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement (CEREGE)
- Institut des sciences du mouvement (ISM)
Institutions et équipes partenaires
- Soprintendenza ai beni Culturali e ambientali di Siracusa
- Parco archeologico e paesaggistico di Siracusa, Eloro, Villa del Tellaro e Akrai
- Genio Civile di Siracusa
- Università degli Studi di Palermo (Dipartimento Culture et Società e Dipartimento di Scienze della Terra e del Mare)
- Fondation Amidex (Aix-Marseille Université)