Située au large de Cannes, non loin de l’île Sainte-Marguerite, l’épave Fort-Royal 1 tient son nom de la principale fortification édifiée sur cette île au XVIIe siècle – édifice célèbre pour avoir accueilli en captivité le mystérieux homme au masque de fer, de 1687 à 1698. Et, contrairement à ce que pourrait laisser penser le nom qui lui a été attribué, il s’agit bien de l’épave d’un navire de commerce daté de l’époque hellénistique et non d’un bâtiment militaire d’époque moderne…

L'opération

Découverte en 2017, l’épave Fort-Royal 1 a tout d’abord défrayé la chronique à la suite du retentissant pillage dont elle a fait l’objet entre 2021 et 2022. Le site, entrouvert sur une très grande longueur, s’est vu vidé de ses amphores par des pilleurs dont le travail fut interrompu par les équipes du Drassm et du Centre Camille Jullian lors du lancement de la campagne de fouille 2022. Depuis, l’épave fait l’objet d’un projet pluriannuel de fouille programmée (2023-2025) sous la direction conjointe de Franca Cibecchini et de Pierre Poveda.

La cargaison

La cargaison du bateau semble être constituée exclusivement d’amphores de type gréco-Italique pour le transport du vin, empilées sur au moins deux niveaux, dont il est difficile d’estimer le nombre exact. Pour l’heure, entre amphores complètes ou quasi-complètes et amphores fragmentaires, et en incluant celles saisies par les gendarmes, plus de 300 « individus » ont été récupérés. Au sein de cet ensemble, on distingue deux modules : un grand, majoritaire, correspondant à des amphores de 87-90 cm de hauteur et un plus petit, avec des amphores de 68 à 72 cm de haut.

Les amphores de la cargaison et les céramiques fines convergent pour une datation du naufrage dans les premières décennies du IIème s. av. J.-C., probablement autour des année 180 av. J.-C.

L'architecture du navire

Du point de vue sa construction, l’épave de Fort-Royal présente les caractéristiques habituelles des bateaux de commerce de la période hellénistique en Méditerranée occidentale : un bordé assemblé à franc bord à l’aide de tenons et mortaises chevillés ; une membrure liée au bordé par le biais de clous enfoncés depuis l’extérieur et dont la pointe est rabattue sur le dos la membrure. 

Concernant les dimensions du navire d’origine, il paraît difficile de donner pour le moment autre chose qu’un simple ordre de grandeur. Malgré un échantillonnage relativement modeste des pièces de sa charpente, on peut déjà déduire à partir des vestiges que la largeur du bateau devait être au minimum de 6 mètres. Ceci conduit à restituer une longueur aux alentours des 20 m correspondant à peu près aux chargements intacts de gréco-italiques observés en Corse à grande profondeur.

Conclusion

Victime d’un terrible pillage, l’épave Fort-Royal 1 n’en demeure pas moins un site à très fort potentiel archéologique. La récupération clandestine d’une grande partie des amphores a fort heureusement épargné des parties riches en informations, comme l’espace de la cambuse, et ne semble pas avoir atteint les niveaux de la coque. Le potentiel archéologique de l’épave demeure considérable et l’on peut toujours envisager de réaliser, sur les zones intactes, l’étude exhaustive de la cargaison et la coque d’un important navire marchand de la période hellénistique. Un plan pluriannuel de fouille est ainsi en cours et doit permettre de mettre à l’abri des prédations et dégradations potentielles l’ensemble du mobilier de l’épave qui, on peut l’espérer, rejoindra bientôt les collections d’un des musées de la ville de Cannes en vue de son exposition aux publics.
 

Responsables scientifiques
  • Franca Cibecchini (Ministère de la Culture - Drassm)
  • Pierre Poveda (CNRS - CCJ)
Laboratoires de l'institut impliqués
  • Centre Camille Jullian
  • Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie
Équipes et institutions partenaires
  • Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Ministère de la Culture)
  • Centre d’archéologie subaquatique de Catalogne (Gérone, Espagne)
  • Musée départemental Arles antique
  • Société Ipso Facto (Marseille)