L’opération de fouille programmée sur les sites de RILAUV.01 et RILAUV.02, en cœur du Parc national des Écrins dans la réserve intégrale du Lauvitel (Oisans, Alpes du nord), s'intègre au sein d'une vaste problématique sur les dynamiques sociales et naturelles des activités agropastorales sur la longue durée, dans les hauts massifs alpins, menée depuis plus de 25 ans par l’équipe d’archéologie alpine du Centre Camille Jullian.

Contexte

Au sein du massif cristallin des Ecrins-Pelvoux, sur la commune du Bourg d’Oisans (38), les sites archéologiques de RILAUV. 01 (abri sous roche) et RILAUV.02 (structure en ruine) sont implantés au cœur de la réserve intégrale du Lauvitel. L’accès à cet espace réglementé, créé au sud du lac du Lauvitel et accessible uniquement en barque, est strictement réservé aux agents du parc et aux scientifiques (alt. 1495-3169 m). Les seules données sur les activités humaines étaient apportées par une synthèse historique du vallon durant les périodes moderne et contemporaine et par les travaux des paléoécologues du laboratoire EDYTEM (Chambéry). Depuis 2020, des opérations archéologiques sont réalisées dans le vallon et la réserve du Lauvitel (prospection-inventaire diachronique, fouille programmée, relevés de terrain et modélisation).

Historique de la découverte des sites RILAUV.01 et RILAUV.02

En 2012, une structure agro-pastorale partiellement en ruine, accolée par ses murs nord, sud et est, à un abri sous roche ouvert à l’ouest ont été identifiés à 1571 m d’altitude, sur une terrasse surplombant la rive droite du torrent de la Pisse. Localisés au sein d’une fruticée à érables et sorbiers qui a colonisé, à partir de 1995, un milieu alors ouvert (pelouses alpines), ces vestiges étaient totalement dissimulés sous la végétation (arbustes, plantes ligneuses, mousses, lichens…). Cette formation correspond à un stade intermédiaire transitoire dans la succession de végétation qui va conduire, à court terme, à une dense forêt mixte de feuillus, d’épicéa et d’arbustes autour et dans les sites archéologiques. En 2020, le Parc national des Écrins (coordination J. Forêt) et V. Dumas (Centre Camille Jullian) ont entrepris un plan préliminaire des vestiges et une photogrammétrie des parements internes et externes de la structure en élévation et de l’intérieur de l’abri, débroussaillés.

Résultats acquis

Entre 2021 et 2024, trois campagnes de fouilles archéologiques ont été menées avec les contraintes inhérentes à l’espace montagnard (absence d’électricité, de lieu de stockage, isolement) et les impératifs liés au statut de la réserve intégrale (temps de travail limité dans le temps, espace protégé). Les sondages A et B, implantés de part et d’autre du mur élevé entre l’abri et la cabane (MR5), avaient pour objectif de documenter et de mettre en évidence les différentes phases d’occupation de l’espace interne de l’abri et de l’aire extérieure ; le sondage C devait permettre d’appréhender les séquences morpho-sédimentaires, les processus anthropiques et la topographie du site. 

L’espace interne de l’abri est exigu (6,79 m2), la hauteur est comprise entre 0,50 à 1,40 m depuis le sol actuel. L’entrée mesurait 3,66 m de large avant que ne soit érigé le mur MR5 sur une longueur de 2,44 m. L’accès actuel se fait donc par une ouverture de 1,56 m de large sur une hauteur de 0,50 à 1 m. La structure en ruine, de forme rectangulaire, a une superficie interne de 20,57 m2 ; elle comporte cinq murs en blocs non équarris, conservés sur 1,46 m à 3,55 m d’élévation. La construction de cette cabane a été datée, au vu de la stratigraphie, entre le XIXe s. et le début du XXe s.

Dans l’état actuel des connaissances, les résultats révèlent une occupation humaine diachronique entre la Préhistoire et le milieu du XXe s. Dix-neuf phases d’occupation humaine et de processus naturels constituant sept états sont identifiées sur la base de l’analyse stratigraphique, du mobiliers lithique et céramique et des datations 14C des aménagements et événements. Six périodes chronologiques sont représentées : la Préhistoire, l’Antiquité, le Moyen-Âge central (milieu XIe-milieu XIIIe s.,), le Moyen-Âge tardif (XIVe-début XVe), la période moderne (XVIe-XVIIIe) et l’époque contemporaine (XIXe-milieu XXe s.). Du mobilier archéologique est associé à ces témoignages pour les périodes contemporaine et moderne (céramiques, verre, monnaie, faune, objets métalliques), médiévale (céramiques, faune, objets métalliques), antique (céramique) et préhistorique (objets lithiques et CNT).

L’abri et l’espace extérieur attenant sont fréquentés à partir de la Préhistoire récente (présence de mobilier lithique disséminé dans les remblais de nivellement postérieurs ou les colluvionnements). Des sols de circulation sont rattachés à la période médiévale : pour le Moyen-Âge central, une surface argileuse plus ou moins rubéfiée, identifiée partiellement dans l’abri et sur sa bordure extérieure est liée à la présence d’un foyer ; pour le Moyen-Âge tardif, le sol, en partie rubéfié, est clairement associé à des trous de poteau. Deux surfaces de circulation sont reconnues pour la période moderne : la première, entre la fin du XVIe et le début du XVIIe s., avec la présence, dans l’abri, d’un pavage de gros blocs de granit non équarris ; la seconde, datée à partir de la seconde moitié du XVIIe s., est un agencement de blocs de granit et de quelques lauzes qui se prolonge à l’extérieur par une surface limoneuse compacte. La dernière campagne, en octobre 2024, a mis en évidence, dans l’abri et à l’extérieur, sous les niveaux du Moyen-Âge central, une succession de structures de combustion (foyers, plaque foyer) en cours de datation 14C.

Le mobilier est constitué de plus d’une centaine de pièces lithiques, 360 fragment de céramiques toutes périodes confondues, 550 restes osseux ou dentaires (dont cinq artefacts en matière dure d'origine animale, modernes ou contemporains, relevant d'une activité de tabletterie ou d'industrie osseuse) et 85 objets métalliques. La présence et la conservation de la céramique (étude Guergana Guionova, LA3M) et de la faune (étude Juliette Knockaert, CCJ) doivent être soulignées car relativement rares, voire absents, dans les zones d’altitude de l’Arc alpin. L’étude du mobilier céramique contemporain, moderne et médiéval atteste d’un lieu de vie ponctuel avec quelques formes allant au feu et d’autres destinées à la consommation des aliments ; ces formes proviennent essentiellement des productions régionales mais aussi du Gard (Saint-Quentin-la-Poterie) et des Bouches du Rhône (Saint-Zacharie). L’étude de la faune apporte de nouveaux éléments de discussion sur l’alimentation, les pratiques anthropiques, la nature et la période de fréquentation du site ainsi que sur l’histoire pastorale du vallon entre la période médiévale et le XXe s. Enfin, dans le cadre d’un stage de Master 2 AMU, gratifié par le Parc national des Écrins, une étude archéo-anthracologique des résidus de combustion issus de contextes d’époques médiévale et moderne a été réalisée par Robin Veyron. Les résultats mettent en évidence une aire d’approvisionnement en bois en lien avec la position topographique du site et l’hétérogénéité des paysages environnants (cette étude se poursuit dans le cadre d’un contrat doctoral sur le massif des Écrins).

Responsables scientifiques
  • Florence Mocci (CNRS - CCJ)
  • Stéfan Tzortzis (Ministère de la Culture - ADES)
  • Vincent Dumas (CNRS - CCJ)
Laboratoires de l'institut impliqués
  • Centre Camille Jullian (CCJ)
  • Laboratoire d'archéologie médiévale et moderne en Méditerranée (LA3M)
  • Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie marine et continentale (IMBE)
  • Laboratoire d'anthropologie bio-culturelle, droit, éthique et santé (ADES)
Institutions et équipes partenaires
  • Service régional de l'archéologie de la région PACA
  • Parc national des Écrins
  • MSH Mondes (CNRS - Université Paris  Panthéon-Sorbonne - Université Paris Nanterre)
  • Laboratoire Environnements, dynamiques et territoires de montagne (EDYTEM - Grenoble)
  • Direction régionale des affaires culturelles de la région Auvergne-Rhône-Alpes

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