Depuis 2017, le Centre Camille Jullian est l’un principaux partenaires du programme MEGA qui marque une reprise de l’activité de terrain de l’École française de Rome à Mégara Hyblaea après plusieurs années consacrées à la publication des fouilles anciennes. Cette opération est vivement soutenue par Aix-Marseille Université et l'Institut d'archéologie méditerranéenne depuis 2020. Elle s'inscrit dans le projet MANTA Network depuis 2024.
Contexte et historique
Située sur la côte Est de la Sicile, à 22 km au Nord de Syracuse, la colonie grecque de Mégara Hyblaea a été fondée dans la seconde moitié du VIIIe siècle av. J.-C., probablement par des colons venus de Mégare de Grèce. Elle a connu deux grandes phases d’occupation, à l’époque archaïque et à l’époque hellénistique.
Fouillée dès la fin du XIXe siècle par les services archéologiques italiens et notamment le célèbre archéologue Paolo Orsi, puis à partir de 1949, dans le cadre d’une longue et fructueuse coopération entre l’École française de Rome et la Surintendance archéologique de Syracuse, elle constitue aujourd’hui une véritable référence de l’archéologie coloniale : il s’agit en effet de la seule colonie archaïque de première génération pour laquelle aient été fouillés à la fois les vestiges archéologiques du centre urbain et les espaces funéraires environnants. Ces travaux ont fait l’objet de nombreux articles et de plusieurs monographies récentes : Mégara Hyblaea 5 sur la ville archaïque (2004), Mégara Hyblaea 6.1 et 6.2 sur la nécropole archaïque méridionale (2017-2018), Mégara Hyblaea 7 sur la ville classique, hellénistique et romaine (2018), puis en 2021, l’ouvrage de Frédéric Mège, Le fait urbain en Sicile hellénistique. L'habitat à Mégara Hyblaea aux IVe et IIIe siècles av. J.-C. et enfin en 2022 le catalogue de l’exposition ‘Lo regno della morta gente’ : la necropoli meridionale di Megara Hyblaea qui s’est tenue en 2022 et 2023 au Museo Archeologico Regionale Paolo Orsi di Siracusa.
Le programme MEGA 2017-2021
Le programme MEGA 2017-2021 s’est concentré sur la ville archaïque, sur la zone du sanctuaire du Nord-Ouest. Une fouille de 2006 à la porte Ouest et une série de prospections géophysiques menées entre 2008 et 2013 sur le plateau Ouest avaient en effet permis de montrer l’existence dans ce secteur d’un réseau de rues parallèles (rues E) qui semblaient suivre une orientation différente des « quartiers » du secteur de l’agora et du plateau sud. Le programme MEGA 2017-2021 avait donc pour objectif de mieux comprendre l’organisation de ce quartier et de dater son émergence. Les travaux menés lors de quatre campagnes de fouille et cinq missions d’étude ont permis permis de comprendre les différentes phases de l'insertion du sanctuaire dans le plan urbain de la ville grecque du VIIIe au VIe siècle avant JC et d’enfin établir son rapport avec le fossé du village néolithique sous-jacent dans le cadre d’une collaboration avec des équipes d’archéologues italiens menées par Massimo Cultraro (CNR Catane) et Anita Crispino (MARPO). À une échelle plus large, ce programme a également conduit à proposer une cartographie générale plus précise des principaux axes urbains et des réseaux viaires, et de leur chronologie relative, en relation avec la construction de la première enceinte archaïque. Elle suggère une croissance progressive de l'espace urbain (d'abord regroupé autour de l'agora, avant de s'étendre vers le plateau occidental conçu comme une « néapolis » une génération plus tard, au début, ou plus largement dans la première moitié du VII e siècle avant J.-C. A l’issue de ce programme, une seule zone grise subsistait sur la carte archéologique mégarienne, au confluent des différents réseaux de rues désormais connus 2021 : le vallon de l'Arenella.
Le programme MEGA 2022-2026
L’année 2022 a marqué le début du nouveau programme de recherche à Mégara Hyblaea « MEGA 2 : recherches dans le vallon de l’Arenella » dans le cadre d’une convention entre l’École française de Rome et le Parco Archeologico de Leontinoi e Megara. Ce projet s’inscrit dans la continuité du programme MEGA 2017-2021 qui visait à définir la chronologie et la genèse du plan urbain mégarien sur le plateau Ouest. Tout en poursuivant les travaux d’étude des collections anciennes en vue de leur publication, ce nouveau projet vise à explorer le secteur de l’Arenella, nom donné à la petite plage et, par extension, au vallon situé entre les plateaux Nord et Sud de Mégara Hyblaea, qui constitue le seul accès à la mer dans les limites de l’enceinte archaïque.
Dans cette zone au cœur de la cité, que très partiellement connue par des sondages anciens en 1962 et 1978 et une fouille menée entre 1990 et 1992, se rencontrent à la fois des vestiges architecturaux monumentaux, un espace d’habitat, ainsi que des tombes archaïques et hellénistiques, dont l’articulation autour du tracé du possible rempart de bord de mer constitue un enjeu majeur pour la compréhension du phénomène urbain colonial.
Responsables scientifiques
- Jean-Christophe Sourisseau (Aix-Marseille Université - CCJ)
- Reine-Marie Bérard (CNRS - CCJ)
Laboratoires de l'institut impliqués
- Centre Camille Jullian (CCJ)
- Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement (CEREGE)
Institutions et équipes partenaires
- École française de Rome
- Soprintendenza per i Beni Culturali e Ambientali di Siracusa (Italie)
- Parco archeologico di Leontinoi (Italie)
- Museo archeologico regionale Paolo Orsi (Syracuse, Italie)
- Centre Jean Bérard (CNRS-EFR, Naples, Italie)
- Università degli Studi di Catania (Italie)
Pour aller plus loin
La presse en parle
37.203797117883, 15.1827388