Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, le théâtre d’Orange est au cœur, depuis 2015, d’une vaste campagne de mise en sécurité et de restauration des parements. L’IRAA, sous la direction de Sandrine Borel-Dubourg, assure le suivi archéologique de ces travaux, qui représentent une occasion exceptionnelle d’approfondir l’étude archéologique de ce monument majeur de l’histoire de l’architecture.

La campagne de restauration pluriannuelle

En 2015, un projet de mise en sécurité des parements du théâtre antique d'Orange est lancé par la ville, propriétaire du monument, face à des risques de chutes de blocs. Ce projet, dont la maitrise d’œuvre est assurée par l’agence Architecture et Héritage, représente une opportunité exceptionnelle pour l’avancement de l’étude architecturale du monument engagée depuis plusieurs décennies par l’IRAA. Le suivi archéologique qui lui est confié débute en 2016, en partenariat avec le Service régional de l'archéologie et la Conservation régionale des monuments historiques de la région PACA, dans le cadre du Programme collectif de recherche (PCR) « Théâtre Antique (Orange, 84) ». Ce denier bénéficie du soutien financier de la Mairie d'Orange, de la Direction régionale des affaires culturelles PACA, du CNRS, et depuis 2019, du programme France 2030, sous l'initiative d'Aix-Marseille Université.

Suivi archéologique des travaux

Les travaux de mise en sécurité du monument sont organisés en tranches annuelles, chacune dédiée à un secteur particulier. Elles se déroulent de septembre à mai, afin de libérer le théâtre pour les spectacles estivaux. Le suivi archéologique est mené dans un cadre de coactivité avec les entreprises de restauration. Il inclut des réunions hebdomadaires pour ajuster les protocoles et coordonner les interventions. L’objectif principal est de documenter le monument avant les interventions de nettoyage et de consolidation susceptibles de faire disparaître de nombreuses informations archéologiques. Le processus comprend un relevé architectural précis, accompagné d’une analyse stratigraphique des élévations du théâtre, dans le but de recueillir des informations sur son évolution, de sa construction à aujourd’hui.

L’équipe scientifique pluridisciplinaire mobilisée pour ces travaux comprend des architectes, archéologues et chercheurs du CNRS, ainsi que des spécialistes en archéométrie et géomatique. L’IRAA en charge des opérations de terrain collabore avec des membres de plusieurs laboratoires, tels que TRACES et AOROC, et dans le périmètre de l'Institut d'archéologie méditerranéenne ARKAIA : le CCJ, le LA3M et le CEREGE, que ce soit pour l’analyse des matériaux de construction ou la mise en œuvre de techniques d’acquisition numériques spécifiques.

Méthode et outils utilisés

Avant chaque campagne de nettoyage des parements, des relevés de l'état actuel du monument sont effectués pour garantir l'enregistrement des données archéologiques. Pour chaque tranche de travaux, les objectifs sont définis en fonction des spécificités du secteur étudié. Des orthoimages sont extraites de nuages de points générés en amont (par lasergrammétrie et photogrammétrie) pour servir de supports aux relevés architecturaux des structures bâties réalisés in situ. Ces relevés sont essentiels pour comprendre la construction du théâtre (les différentes phases du chantier antique) et les remaniements réalisés depuis l'Antiquité (liés à la réoccupation du bâtiment). Les matériaux de construction (pierres, mortiers, bois, etc.) sont également analysés pour obtenir des informations sur les techniques de construction antiques et les périodes de réoccupation de l’édifice.

Les relevés architecturaux sont ensuite vectorisés pour établir les plans détaillés de l’état actuel du monument. Cette documentation est croisée avec les archives historiques existantes pour mieux comprendre l’évolution du monument et l’impact des grandes campagnes de restauration des XIXe et XXe siècles.

Recherche scientifique

L’étude archéologique du théâtre est au cœur de plusieurs axes de recherche scientifique.

Matériaux de construction

L’analyse des mortiers de chaux, menée par Arnaud Coutelas, repose sur un large corpus d’échantillons, permettant d’en apprendre davantage sur les matériaux et les techniques de construction antiques et médiévales. 

L’étude des pierres utilisées dans la construction du théâtre est réalisée en collaboration avec le CEREGE. Deux « action interdisciplinaire » ARKAIA (2021, 2022) ont porté sur la caractérisation pétrographique et stratigraphique des roches calcaires utilisées dans la construction du théâtre à la lumière des sources d’extraction reconnues ou potentielles. Le projet « amorce » ARKAIA « ACCTOr » (2023) a eu pour objectif d’améliorer les outils et les méthodes permettant la caractérisation et l’identification des provenances des  matériaux calcaires du théâtre, d’une part, et d’engager une recherche prospective concernant la reconnaissance automatisée (« IA ») de la géométrie des faciès dans les carrières et sur les matériaux mis en œuvre à partir des photogrammétries numériques des élévations du monument, d’autre part. En 2024, Pierre Rochette a réalisé des prélèvements de calcaire situés dans des zones rubéfiées des basiliques afin de tenter de caractériser les incendies de ces secteurs et de les dater.

Plus de 500 éléments en bois ont été identifiés dans ou entre les blocs de pierre. L’étude conjointe menée par Lisa Shindo et Carine Cenzon a aboutie à une carte des essences qui montre une prédominance de bois provenant des plaines riveraines et alluviales, des niveaux montagnards et subalpins et du milieu mésoméditerranéen. Les analyses au radiocarbone font état de phases d'évolution et d’aménagement du monument aux XIIIe, XVe et XVIe siècles, périodes peu documentées dans les textes.

Décor architectural

Une analyse approfondie du décor architectural, mené par Dominique Tardy et Alain Badie, vise à étudier, d’une part, l’organisation et la mise en œuvre du décor en marbre du front de scène, qui devait présenter un contraste saisissant avec les façades extérieures en calcaire gréseux et, d’autre part, le décor en calcaire du bâtiment de scène.

Charpentes antiques

Une étude des charpentes antiques, réalisée en collaboration avec Jean-Charles Moretti et Stéphane Lamouille, est en cours pour comprendre les systèmes de couvertures du théâtre. Grâce à la maquette numérique issue du projet TAIC2, il est possible de tester différentes hypothèses de restitution des charpentes.

Étude archivistique

Un travail d’archivage et de numérisation des archives anciennes des monuments antiques d'Orange est mené dans le cadre du PCR, en particulier celles du théâtre dont le fonds Robert Amy (1904-1986). Il s’inscrit dans la dynamique du projet « Documents de recherche sur l'architecture antique - DoRAA », porté par l’IRAA (Stéphanie Delaguette), qui vise à garantir un archivage numérique, pérenne et interopérable ainsi qu'un accès facilité, aux documents issus des études et fouilles menées par les architectes et archéologues de l’unité.

Perspectives

Le suivi archéologique des travaux du théâtre a permis de récolter une masse importante de données, renouvelant la connaissance de l’ensemble monumental et contribuant à une meilleure compréhension de son histoire. L’évolution des modalités de la recherche archéologique génère une quantité massive de données hétérogènes qu’il s’agit de conserver, organiser, confronter et transmettre pour qu’elles profitent à tous. Cette multitude de données nécessite une gestion rigoureuse qui en assure la fiabilité, la protection et la traçabilité. Le projet de recherche TAIC2 porté par l’IRAA est parti du constat que les conditions sont réunies pour faire du théâtre d’Orange le laboratoire d’un mode de gestion et d’étude, évolutif et collaboratif, qui réunit les aspects scientifiques, patrimoniaux et culturels, respectueux des spécificités et des complémentarités des acteurs qui œuvrent pour l’étude, la conservation ou l’utilisation du monument. Afin de lier les données de territoire, du site et du bâtiment, il se base sur l'usage d'une maquette numérique issue du processus HBIM (Historic Building Information Modeling), en y indexant spatialement des corpus de données hétérogènes, interopérables avec un système d’informations géographiques.

Responsable scientifique
  • Sandrine Borel-Dubourg (CNRS - IRAA)
Laboratoires de l'institut impliqués
  • Institut de recherche sur l'architecture antique (IRAA)
  • Centre Camille Jullian (CCJ)
  • Centre de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement (CEREGE)
  • Laboratoire d'archéologie médiévale et moderne en Méditerranée (LA3M)
Institutions et équipes partenaires
  • Laboratoire Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés (TRACES - Toulouse)
  • Laboratoire Archéologie et philologie d'Orient et d'Occident (AOROC - Paris) 
  • Service régional de l'archéologie PACA (Ministère de la culture - DRAC)
  • Conservation Régionale des Monuments Historiques (Ministère de la culture - DRAC)
  • Musée d'art et d'histoire de la Ville d'Orange
  • Service régional de l'archéologie Occitanie (Ministère de la culture - DRAC)
  • Direction des patrimoines de la Métropole Nice Côte d'Azur
  • Centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine (CICRP - Marseille)
Projet TAIC2 - Un théâtre antique intelligent et connecté
Image
Vue aérienne du théâtre antique d'Orange, source : shutterstock

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