Localisée dans l'archipel de Lérins, au large de Cannes (Alpes-Maritimes), l'île Sainte-Marguerite est ponctuée de vestiges littoraux et sous-marins témoignant d'occupations côtières durant l'Antiquité. Peu profonds et proches du bord, ces ensembles constituent depuis 2024 un cadre idéal à l'organisation du chantier-école annuel des étudiants inscrits en première année du Master d'archéologie maritime et côtière d'Aix-Marseille Université.
Sainte-Marguerite, un fort potentiel archéologique
L'île Sainte-Marguerite témoigne d'une occupation remontant à l'Antiquité, comme en attestent les vestiges de deux villae situées au Fort-Royal et à l'anse du Batéguier, datées des le IIe-Ier siècles avant notre ère. Ces établissements succèdent à des établissements encore plus anciens, remontant au moins au IVᵉ siècle. Les indices d'une telle occupation apparaissent d'ailleurs dans les sources textuelles anciennes, notamment dans la Géographie de Strabon (IV, 1, 10).
Sur le littoral, des prospections réalisées dans les années 1970 avaient déjà mis en évidence des vestiges côtiers submergés dans l’anse Sainte-Anne, au nord de l’île. Des recherches plus récentes, conduites par l’Inrap et Aix-Marseille Université, ont confirmé l’existence de vestiges archéologiques submergés et d’une occupation antique dans les secteurs de l’anse Sainte-Anne et de l’étang du Batéguier.
Le programme en cours
En 2023, un diagnostic réalisé par le Drassm et Aix-Marseille Université a eu pour objectif d'évaluer le potentiel archéologique de l'anse Sainte-Anne. Une prospection visuelle à faible profondeur a d'abord révélé la présence de mobilier et d'éléments de construction épars, antiques et plus récents. Plusieurs sondages ont ensuite mis au jour, sous la couche de sable superficielle, une importante concentration de mobilier céramique antique ainsi qu'une série de pieux en bois de dimensions variables. Bien qu'aucune structure bâtie n'ait été localisée à ce stade, ces premiers indices évoquaient un aménagement côtier, potentiellement portuaire. De nombreux vestiges architecturaux (moellons, terre cuite architecturale, fragments de corniche en marbre, une antéfixe) suggéraient aussi la présence de bâtiments sur le littoral immédiat.
Ces premières observations particulièrement encourageantes ont motivé, à partir du printemps 2024, l'organisation d'une opération pluriannuelle de plus grande ampleur à vocation scientifique et pédagogique, puisqu'elle associe désormais les étudiants de première année du Master d'archéologie maritime et côtière au titre de chantier-école.
Les activités en cours visent, par l'ouverture de nouveaux sondages, à poursuivre l'étude stratigraphique de la zone pour cartographier l'étendue des niveaux riches en mobilier ainsi que les nombreux pieux en bois que la fouille continue de mettre au jour. Les investigations se portent également sur la pointe du Batéguier et le littoral sud-ouest de l'île où des aménagements, dont la nature reste à préciser, ont fait l'objet d'une documentation en topographie et photographie aérienne par drone.
Ce terrain offre ainsi un cadre idéal pour la formation aux méthodes de l'archéologie côtière. Les travaux à venir devront préciser la chronologie des ensembles archéologiques identifiés, ainsi que leurs fonctions. Ils seront complétés par une étude géoarchéologique menée à l'échelle de l'île pour renseigner l'évolution du niveau marin relatif, indispensable à la contextualisation des vestiges.
Responsables scientifiques
- Franca Cibecchini (Ministère de la Culture - Drassm - CCJ)
- Anaïs Diméglio (Ministère de la Culture - Drassm - CCJ)
Laboratoire de l'institut impliqué
- Centre Camille Jullian (CCJ)
Institutions et équipes partenaires
- Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Ministère de la Culture)
- Société Ipso Facto (Marseille)
- Musée départemental Arles antique
- Service archéologique de la Métropole Nice Côte d'Azur