La façade maritime de la cité portuaire d'Égine est aujourd'hui en grande partie submergée, constituant un des ensembles des villes portuaires antiques les mieux conservé en Grèce. Les structures comprennent un port militaire fortifié, le dernier conservé dans cet état en Méditerranée, équipé de hangars à bateaux destinés à la flotte des Eginètes (grands rivaux des Athéniens), un port commercial antique, des brise-lames et un ensemble des défenses maritimes inédites dans le monde grec. Les structures se situent chronologiquement entre l’époque archaïque et l'époque byzantine.
Contexte
Égine, cité insulaire du golfe Saronique, constitue l’une des plus grandes puissances maritimes et navales de l'époque archaïque et classique dans l'archipel égéen (VIIIème siècle jusqu'au Vème siècle av. J.-C) notamment grâce au développement d’une activité commerciale intense. L’implantation de ses colonies, de l'Égypte jusqu’en mer Noire, a fortement participé à son enrichissement.
Les ports fortifiés et les installations maritimes d'Égine sont mentionnés par plusieurs historiens et géographes, dont Thucydide, Strabon et Pausanias. Égine possédait un port de guerre secret (Kryptos limenas, selon Pausanias II, 29, 6), aujourd’hui visible dans la baie moderne d’Avra, équipé de deux bases navales dotées de cales à bateaux (neosoikoi) pour le logement des trières (bateaux à rames), et un port commercial, sur l'emplacement du port contemporain de l'île. La zone portuaire, l'acropole, ainsi que toute la façade côtière de la ville antique sont protégées par un réseau plus large d'installations maritimes aujourd’hui submergées. Ce dispositif est constitué d’un brise-lame sud (au sud de la ville moderne), d'un brise-lame nord (au nord de l’acropole) et d'une série de structures coniques en remblai entre les deux brises-lames, qui protège toute la façade maritime de la cité. La superficie totale de ce projet portuaire monumental correspond à trois fois la taille de l'ancien tissu urbain de la ville d'Égine.
À l'exception d'une prospection sous-marine menée en 1988 par l’Éphorie des antiquités sous-marines sur les structures coniques défensives, les installations portuaires et côtières de la cité, en très bon état de conservation et à faible profondeur, n'avaient jamais fait l'objet d'une recherche systématique. Certaines de ces structures ne disposent pas de parallèle connu dans le monde grec et plus largement en Méditerranée. Par conséquent, le site d’Égine est idéal pour la réalisation d'un projet pluridisciplinaire et international novateur.
Projet scientifique
Placé sous l’égide de l'Unesco et de l'École française d'Athènes, ce projet est coordonné par l'Éphorie des antiquités sous-marines du Ministère grec de la Culture et Aix-Marseille Université. Il étudie les installations portuaires et côtières d’Égine en diachronie depuis l’époque archaïque jusqu’à la fin de l’époque byzantine. Il propose aussi une reconstruction du paléoenvironnement côtier et de la façade maritime de l'île. Les questions de l’accélération de l’érosion du littoral, du changement relatif du niveau de la mer, et de la conservation de ces vestiges aujourd’hui en danger imminent, sont au cœur de ses activités qui s'articulent en quatre objectifs prioritaires :
- La recherche interdisciplinaire en archéologie et géoarchéologie côtière et sous-marine sur un complexe portuaire inédit du monde grec ;
- Le développement de techniques et de méthodes innovantes d’acquisition de données de terrain en contexte immergé ;
- La formation de la nouvelle génération d’archéologues maritimes méditerranéens ;
- La protection et la valorisation du site au bénéfice de tous les publics.
La diversité des partenaires associés à ce projet illustre son caractère pluridisciplinaire et le panel des approches scientifiques déployées sur le terrain et en laboratoire, comprenant notamment la fouille archéologique et la prospection géophysique sous-marines et côtières, les analyses archéométriques, la conservation et la restauration des vestiges, et la géomatique.
Responsables scientifiques
- Pari Kalamara (Archives historiques de la Banque nationale de Grèce)
- Despina Koutsoumba (Éphorie des antiquités sous-marines)
- Kalliopi Baika (AMU - CCJ)
- Jean-Christophe Sourisseau (AMU - CCJ)
Laboratoire de l'institut impliqué
- Centre Camille Jullian (CCJ)
Institutions et équipes partenaires
- Éphorie des antiquité sous-marines (Ministère grec de la Culture)
- École française d'Athènes
- Université de Patras
- Université nationale et capodistrienne d'Athènes
- Université du Péloponnèse
- Université Johannes-Gutenberg de Mayence
- Istituto superiore per la conservazione ed il restauro (Ministère italien de la Culture)
Pour aller plus loin
37.747320983221, 23.424509128425